L’APPROCHE RECHERCHE-ACTION PARTICIPATIVE
AU CŒUR DE NOTRE DÉMARCHE

Les coordonnateurs du projet CIT’EnR ont souhaité donner une place prépondérante à la démarche de Recherche Action Participative (notée RAP[1]) à titre expérimental, mais aussi avec l’idée que l’approche participative serait pertinente pour étudier en profondeur l’objet “ codév3” de par sa complexité et sa nature collaborative. En conséquence, une équipe RAP renforcée a été créée composée de 3 personnes expertes en RAP et formées toutes trois dans le cadre du GDR PARCS

Comme dit plus haut, le projet CIT’EnR combine des dispositifs de recueil et d’analyse des données qualitatives et quantitatives de types “extractifs” (entretiens individuels et questionnaire) et des dispositifs dit « participatifs » de recueil et d’analyse de données (ateliers, outils collaboratifs, supports virtuels et plateforme numérique).

La RAP regroupe un ensemble de méthodes participatives qui comprend à la fois des techniques riches d’animation d’ateliers, de réunions, la production de supports de réflexion et l’analyse collaborative des données produites (Chevalier et al, 2019). Cette dernière fait toute la particularité de la RAP vis-à-vis des approches participatives classiques, à travers la place accordée aux non-chercheurs à toutes les étapes du processus de recherche scientifique. En effet, les participants, quels qu’ils soient (habitants, associatifs, salariés, élus, etc.), sont invités à prendre part à la construction des questions et hypothèses de recherche, la collecte et la co-production de données, l’analyse, l’interprétation et la diffusion des connaissances produites, etc. Dans le processus RAP, les participants ne sont pas considérés uniquement comme des sources d’informations qu’il faut extraire, mais comme des partenaires des processus de recherche à part entière. Ainsi, la RAP permet par exemple de partager des diagnostics, de favoriser le consensus et l’appropriation, de planifier des actions, de construire un sens commun ou encore des préconisations dans un cadre multi-acteurs complexe.

[1] Une partie de l’équipe projet a été formée à la RAP grâce aux formations et écoles thématiques organisées depuis 2014 par le GDR PARCS (labellisé par le CNRS –https://websie.cefe.cnrs.fr/gdrparcs/les-projets/ ), et notamment par Jacques Chevalier. Ce chercheur/formateur est venu du Québec pour animer ces formations et partager un travail d’analyse des processus participatifs de plus de 10 ans pour le CRDI au Canada (Chevalier & Buckles, 2013 – www.sas2.net).

 

Sur les aspects de recherche, la démarche de RAP a permis : 

  1. De co-construire des données qualitatives et quantitatives traitées par des méthodes mixtes d’analyse ; 
  2. D’analyser les dispositifs construits et leurs impacts par un travail réflexif ;
  3. De produire de l’analyse partagée autour de recommandations. 

Sur les aspects opérationnels, nous nous sommes appuyés sur les démarches RAP pour : 

  1. Comprendre la démarche des partenaires codév3
  2. Identifier les freins et leviers profonds ; 
  3. Faire émerger des scénarios ;
  4. Se doter d’outils d’auto évaluation des projets
  5. Esquisser un plan d’actions ainsi que des recommandations pour un déploiement pertinent du codév3 en France ; 
  6. Identifier les critères de caractérisation et de différenciation des projets codév3 (typologie) 
  7. Souligner des spécificités régionales (contexte, émergence, moteurs, pratiques, etc.).
  8. Aider à l’appropriation des résultats de CIT’EnR par les diverses parties prenantes grâce notamment à l’intervention des chercheurs de l’équipe projet lors des processus participatifs. 

Plus globalement, le recours aux moyens habiles de la RAP nous a été utile tout au long du projet afin d’accompagner la mise en lien d’acteurs hétérogènes au sein d’un territoire (citoyens, collectivités, industriels, etc.) et de soutenir ainsi le maillage partenarial autour du codév3. Cette démarche a permis de mobiliser et d’impliquer l’équipe projet comme les partenaires des projets en codév3.  

 Les 3 piliers de la démarche de RAP et les moyens habiles ou savoirs de la RAP.

Source : Source : J. Chevalier, et al. 2021. Guide de la recherche-action, la planification et l’évaluation participatives. p. 9 et 15.SAS2 Dialogue © 2020. Jacques M. Chevalier and Daniel J. Buckles. 

Méthode et cadre conceptuel de la RAP

Les membres de l’équipe RAP ont tous été formés à la RAP développée par Jacques Chevalier de l’université de Carleton à Ottawa. Ce vocabulaire commun acquis ensemble dans les formations RAP organisées par le GDR PARCS, a été un sérieux atout dans l’organisation et l’animation des ateliers participatifs en présentiel puis en digital. Nous avons puisé dans un guide, ou boite à outil mis à disposition en ligne gratuitement sur le site de Chevalier (www.sas2.net) regroupant une cinquantaine de techniques des plus simples au plus sophistiquées permettant d’animer des ateliers, mais surtout de conduire des projets de recherche de concert avec toutes les parties prenantes. La boîte à outils, leur application dans des études de cas sur toute la planète, les fondements théoriques ont été repris, discutés et mis en application dans 7 formations et 2 écoles thématiques en France et en Belgique depuis 2013 dans le cadre du GDR PARCS. 

Sans entrer dans les détails, car la littérature est foisonnante sur la RAP, nous adoptons pleinement le positionnement de la communauté de pratique de Chevalier synthétisé comme suit :

« La RAP est d’abord et avant tout un effort concerté pour acquérir de nouvelles connaissances, appuyer la réflexion pratique et renforcer l’éthique de la vie en société et de la démocratie. Le but est simple : mieux comprendre le monde en tentant de le rendre meilleur. À la différence du développement communautaire, la RAP vise à faire avancer les connaissances générales. À la différence de la recherche collaborative, elle vise l’action immédiate. Et contrairement à la recherche-action ou recherche appliquée, elle met à contribution toutes les parties concernées par la situation problème (Chevalier et al, 2021). Nonobstant leur diversité apparente, tous les adeptes de la RAP ont ceci en commun : une posture humaniste et critique à l’égard de toute technocratie ou science qui se prétend “pure et dure”. S’inscrivant en faux contre le positivisme, la RAP reconnaît l’apport essentiel de tout ce qui est humain aux avancées de la connaissance et de la vie en société. Elle valorise la connaissance intersubjective et la participation de tous les acteurs concernés, plutôt que de s’en remettre aux compétences des seuls spécialistes et experts. Les praticiens de la RAP s’écartent ainsi de cette ligne officielle qui érige un mur entre la réalité dite objective et la participation active de tous au façonnement du monde dans lequel nous vivons (Chevalier et al, 2021). » 

Jacques Chevalier
Professeur de l'université Carleton, Ottawa, Canada

L’essence même de la RAP est l’idée de contribuer à la production de connaissances à partir d’actions concrètes et incarnées sur un territoire donné, en impliquant les parties prenantes concernées de la manière la plus transparente et parcimonieuse possible à chacune des étapes du cycle CCAID, c’est-à-dire de la phase de Conception du projet de recherche, de la Collecte des données, de l’Analyse et de l’Interprétation de ces dernières jusqu’à la valorisation et la Diffusion des résultats et la prise de Décision qui en découle.

La philosophie de la RAP est basée sur cinq « savoirs », d’après J.M Chevalier (2019) (figure 6) : 

  • « Savoir dialoguer, c’est-à-dire accompagner une réflexion et un dialogue entre des gens dont les points de vue, les valeurs, les intérêts, les origines culturelles, les savoirs et les modes d’apprentissage et d’expression différents sont à valoriser.
  • Savoir ancrer la réflexion dans des situations qui ont une signification pour ceux et celles qui sont concerné(e)s.
  • Savoir naviguer et s’orienter face à l’incertitude et l’inconnu. Choisir et combiner les multiples formes de recherche, de planification, d’évaluation et de participation qui conviennent et s’adaptent à la situation.
  • Savoir calibrer et ajuster les niveaux de preuves, d’analyse, de participation, de planification et d’évaluation qui s’imposent, selon les besoins de la tâche et selon le temps et les ressources disponibles.
  • Savoir signifier en créant et en co-construisant des projets qui font sens et qui alimentent la preuve et le récit, combinent l’analyse et la synthèse, croisent les théories et les points de vue opposés, mixent les éléments quantitatifs et qualitatifs et font place à l’émotion (le plaisir, le ressenti, la souffrance), au corps et aux sens (l’ergonomie et l’esthétique de la pensée en mouvement). » (Chevalier 2019)

Contexte, objectif et méthodologie déployée

Le volet RAP du projet CIT’EnR a été organisé sous la forme d’une série de 7 ateliers participatifs successifs (1 en présentiel et 6 en virtuel) sur 12 mois d’affilée, ainsi qu’un webinaire de restitution suivi par un atelier de co-construction des préconisations. Ces événements se sont succédés du 13 février 2020 au 17 décembre 2020 (sur 10 mois d’affilée) et réunissaient entre 5 à 30 personnes.

 

Les ateliers participatifs avaient comme objectifs affichés de :

  • Étudier les types d’émergences et de développements des projets en codév³ ;
  • Étudier les modes de coopération entre les parties prenantes ;
  • Identifier les conditions de réussite et d’échec ;
  • Progresser vers une typologie de projets codév³ ;
  • Soutenir les dynamiques de terrains ;
  • Formuler des recommandations pour le déploiement du codév3

 

L’unique atelier en présentiel a eu lieu le 13 février 2020 à Narbonne sur une journée complète et a réuni 23 personnes. Les autres ateliers ont eu lieu en distanciel et sur des plages de 3 heures d’affilée. Voyant que le contexte et les restrictions sanitaires ne permettaient pas de reprendre le présentiel, il a été décidé de faire de la crise qui se profilait une opportunité pour adapter nos pratiques RAP au numérique, afin de conserver la dynamique impulsée lors de l’atelier n°1 et de garder le momentum créé. Il était initialement prévu d’organiser 4 ateliers participatifs supplémentaires plus longs sur des journées complètes. Nous les avons remplacés par 7 ateliers en distanciel et virtuel. Nous avons volontairement limité la durée de ces ateliers à 3 heures pour pouvoir maintenir l’attention et la dynamique de groupe en mode visioconférence.

Organisation et valorisation des ateliers

Tous les ateliers ont fait l’objet d’une préparation minutieuse, du design, jusqu’à leur valorisation. Ils ont tous été enregistrés, retranscrits en compte rendu interactif mis en ligne sur le site CIT’EnRsous une forme dynamique (genially). 

L’analyse et l’interprétation des résultats des ateliers et le croisement avec les autres données collectées à travers les enquêtes et interviews de terrain ont été complétées par un volet “recherche en ligne” donnant aux participants la possibilité de se scorer sur le site en utilisant les outils co-construits en atelier. Cette partie “scoring” est particulièrement innovante et encore peu explorée dans les projets en mode RAP.  

Tous les résultats des ateliers ont été mis en ligne sur un site wordpress https://websie.cefe.cnrs.fr/cit-enr/ dédié au projet et conçu pour partager les données, les outils et créer des liens entre les différentes parties prenantes du projet et expérimenter la recherche à distance en ligne. 

Composition de l’équipe et compétences

L’équipe RAP du projet CIT’EnR était constitué de Sylvie Blangy, chercheure du Centre d’Ecologie Fonctionelle et Evolutive (CEFE, CNRS) de Montpellier, de Benjamin Cartron, psychosociologue, spécialiste de la résolution de problèmes (Singulier Pluriel) et d’Emilie Dias, consultante indépendante en facilitation numérique participative. Dorian Litvine (Cabinet conseil ISEA et co-coordinateur du projet) a joué le rôle d’interface et de médiateur avec les autres composantes du projet et s’est impliqué à toutes les phases de la conception à la valorisation des résultats dans le volet participatif du projet. 

Les compétences des membres de l’équipe RAP étaient très complémentaires ; chercheur, consultant, ex-étudiante en maîtrise installée à son compte. Le côté exploratoire du projet, la thématique (énergie renouvelable, transition énergétique), la complicité qui s’était développée auparavant dans les formations GDR précédentes communes, le contexte de confinement qui contraignait à repenser le dispositif participatif ont cimenté l’équipe et donné un élan au projet assez peu courant par ailleurs dans d’autres projets.