Les ateliers de réflexion prospective organisés dans le cadre du programme Cit’In ont montré l’importance des enjeux démocratiques pour la reconnaissance de la nécessité d’une transition écologique et l’identification des le-viers et des actions pour une mise en oeuvre la plus large possible. Il est apparu deux niveaux de questionnements au cours des échanges : un premier niveau concerne les thèmes principaux ou les plus urgents à traiter et un deuxième niveau concerne les processus à développer pour entrer en transition de façon démocratique. Ainsi, sur l’aspect thématique, la question de la transition énergétique a été abordée comme un facteur essentiel de la transition écologique. Le processus pour traiter une telle question en terme de démarche scientifique a renvoyé à des préoccupations de recherche participative qui ont également été évoquées lors des ateliers. Le projet ACTE se situe au croisement de ces deux interrogations.
La question de l’énergie revêt de fortes considérations en sciences expérimentales et en ingénierie. Cependant, une analyse historique sur le temps long montre que ces considéra-tions n’ont pas toujours été aussi primordiales (Debeir et al., 2013) mais elles les partageaient avec d’autres considérations notamment économiques, sociales, culturelles, environnementales et territoriales. Il est intéressant de constater que les interrogations actuelles sur la transition énergétique requièrent la mise à jour de connaissances nouvelles issues des re-cherches en sciences humaines et sociales1. L’activité de recherche ne se cantonne donc pas à des questions technoscientifiques mais elle interroge un vaste corpus interdisciplinaire d’ordre socio-technique représenté largement par le domaine des Science and Tech-nology Studies (Hackett et al., 2008).
Les questions qui accompagnent la transition énergétique ont une dimension universelle au sens où elle invite tous les niveaux de gouver-nance et une multitude d’acteurs à devenir par-ties prenantes. Cette orientation se traduit au niveau institutionnel par la loi sur la transition énergétique d’août 2015 qui préconise d’asso-cier différents acteurs pour parvenir à la créa-tion de « territoires à énergie positive » (art.1) et qui prévoit que les gestionnaires de réseaux mettent en Open Data les données dont ils dis-posent (art.179). Elle traduit une demande la-tente dans la société d’une meilleure prise en compte des questions qui la concernent. Ce-pendant, les solutions envisagées restent en-core partielles, loin des enjeux réels que re-grouperait une transition énergétique de rup-ture. Des travaux de recherche doivent être menés qui puissent allier les nombreuses initia-tives citoyennes et les savoirs qui en sont issus, avec les connaissances scientifiques issues des laboratoires de recherche. Une coopération des chercheurs avec des organisations de la société civile nous semble cruciale pour créer les in-novations sociales de rupture et le changement des infrastructures et des comportements. Les démarches des sciences et des recherches par-ticipatives peuvent être utiles pour travailler la question de la transition énergétique. Ces dé-marches sont extrêmement diverses comme le montre le rapport récent de François Houllier2 et tiennent compte des nombreux contextes thématiques et territoriaux rencontrés.
Nous avons opté pour ce projet de tester la faisabilité d’une démarche de Recherche Action Participative qui a fait l’objet d’un approfondissement au sein du groupement de recherche du CNRS Participatory Action Research and Citizen Science (PARCS). La faisabilité porte sur deux aspects : d’une part, sur la thématique abordée qui contient une forte composante technique concernant l’énergie et, d’autre part, la négociation d’une problématique de recherche entre citoyens et chercheurs.